« ALLONS AU PAYS QUI NE CONNAIT NI TREMBLEMENT DE TERRE, NI INCENDIE, NI ORAGE, NI DERNIER JOUR DU MOIS, NI FAMINE, NI MALADIE. »
— Proverbe bouddhiste
Dans la série Collages / Collage Tsunami, Xavier de Xavier développe un travail visuel dense et fragmenté où se croisent images, signes culturels et paroles de sagesse issues notamment des traditions japonaise, chinoise et bouddhiste. Le motif du tsunami n’y apparaît pas seulement comme une catastrophe naturelle, mais comme une métaphore du bouleversement, de la rupture et de la transformation — un choc qui défait les formes pour en permettre de nouvelles.
Ces œuvres, réalisées sur plus de vingt ans, mêlent collage et peinture, fragments de mangas, citations philosophiques et proverbes. Chaque composition fonctionne comme un champ de tensions entre éclatement et recomposition. Des figures légères, des animaux, des silhouettes humaines ou des éléments symboliques cohabitent avec des sentences sur l’effort, la joie, l’impermanence et la résilience. Le texte devient image, et l’image devient pensée.
Ce travail trouve aussi sa source dans un contexte historique précis : un retour sur les collages deux années après l’incident de Fukushima et le tsunami qui s’ensuivit. Marqué par les images diffusées aux informations télévisées, l’artiste engage une démarche plastique nourrie par le choc visuel et émotionnel. Sa première intention est de construire les pièces à partir de formes de personnes, renouant avec une recherche déjà menée en 2002 autour de l’idée d’éclatement et de vitre brisée. La découpe, réalisée au ciseau, devient un geste central — direct, manuel, presque chirurgical.
Le processus inclut également une dimension de récupération : les chutes de pages découpées, ce qui pourrait être considéré comme des rejets, sont conservées. Dans leur accumulation, ces fragments retrouvent une présence et une énergie nouvelles. Ils participent à la construction d’ensembles où le résiduel devient matière première, illustrant l’idée que « même la poussière peut former des montagnes si elle s’accumule ».
La série s’inscrit aussi dans une réflexion écologique plus large. L’artiste réagit à l’effondrement actuel de la population d’insectes en Europe, soulignant que, dans le monde agricole, 70 à 80 % des insectes ont disparu au cours des dix dernières années. Cette réalité nourrit une méditation sur la fragilité des équilibres biologiques et sur la notion de co-évolution — principe selon lequel les espèces évoluent par adaptation et régulation mutuelle. Cette idée fait écho au paradoxe de la Reine Rouge évoqué par Lewis Carroll dans De l’autre côté du miroir : pour survivre, il faut sans cesse évoluer, même sans changer de place.
Sur le plan formel, cette pensée se traduit par une recherche de “forme dans la forme”. Le travail continue d’évoluer par l’utilisation d’emporte-pièces et par un martelage frénétique, produisant un découpage aveugle et systématique de feuilles de mangas hebdomadaires japonais. Le geste devient répétitif, rythmique, presque performatif, générant des structures internes, des micro-organisations visuelles qui rappellent des essaims, des cellules ou des nuées.
Certains motifs récurrents prolongent cette symbolique du vivant et de la transformation. Les carpes koï, dont les premières mutations chromatiques remarquables apparaissent entre 1804 et 1830 — rouges, blanches et jaunes — incarnent la détermination, la bravoure et la force. Elles sont associées aux nénuphars, symboles de paix et de sérénité dans la construction des jardins, introduisant dans la composition une respiration, un espace de calme au sein même du tumulte visuel.
Le collage, chez Maisonneuve, dépasse ainsi la simple technique : il devient une méthode de pensée et une poétique de l’assemblage. Chaque œuvre agit comme une recomposition du monde — un espace où les débris d’images, de récits, d’espèces et de cultures se rassemblent pour produire un sens nouveau. La fragmentation n’y est jamais une fin, mais le point de départ d’une renaissance visuelle et symbolique.



