Le bruit du silence
La Nature suscite de l’anxiété pour certain d’entre nous : il n’y a pas un sous-bois, un chemin creux, une clairière, un cours d’eau, un champ avec des meules qui ne suscitent en eux une forme d’inquiétude, Jusques aux frondaisons des forêts de Bambi, pas si rassurantes que ça, en somme …
Les forêts de Courbet, les paysages des maîtres de Barbizon, les meules de Millet ont quelque chose d’étrange et de déplacé : du réel pommelé, la Nature se soustrait. Comme si un diorama, bien peint et bien découpé, cachait quelque chose.
La crudité des espaces naturels crée de l’effroi chez certains d’entre nous.
Le Lorrain ou Poussin ne portent pas ce trouble chlorophyllien : leurs paysages nous paraissent romantiques, ou accordés à ordonnancement antique.
J’avais quitté Xavier de Maisonneuve avec des jeunes filles japonaises, mi-manga, mi-geishas. La Science le passionnait. Il peint désormais des paysages très crédibles, presque plats, si on préfère en regardant vite, sans histoires : Sous la canopée, À l’ombre d’un seul arbre, Le paysage en face à…
Certains se présentent sous la forme d’un tondo, dégageant le détail comme un miroir grossissant, Le réel n’est pas ce qu’on croit, ce n’est même pas une apparence, un mirage bucolique. Cette fausse littéralité des sous-bois de Maisonneuve, trop verts, trop électriques, pour être kitsch m’attirent.
Au delà de la cruelle ironie sur l’état de la Planète qui les sous-tend : ils m’absolutisent de mystérieux pressentiments.
Benoît Decron



